L'Esprit de l'Ombre
 
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 Par delà les montagnes

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Wahn
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MessageSujet: Re: Par delà les montagnes   Lun 4 Juin 2012 - 15:46

PAGE 31 : DETERMINATION

Makalia sortit le vieil homme de ses songes pour le ramener à la réalité, la sombre chambre de l'âme s'apprêtant à juger la force et la noblesse de son esprit. Sur son socle, la sphère de couleur violette menaçait toujours de jaillir et se briser. Son tremblement régulier traduisait les doutes qui envahissaient l'esprit de Wahn, pesant chaque seconde un peu plus le poids de la lourde tâche qui l'attendait. Les convaincrait-il ?

Il n'eut le temps de réfléchir qu'une nouvelle scène se dessina, un désert désolé et un petit groupe de personnes connues du vétéran, se rassemblant autour d'un blason déchiré. Au fur et à mesure, chacun détourna ses yeux de l'étendard au fond jaune et à la croix inclinée rouge foncée, observant Wahn d'un air dépité.
Il y eut d'abord Elhagea, disciple de Feca cultivée absorbée par des études, meneuse de cette joyeuse famille bien trop vite absente. Sa silhouette se volatilisa alors que se tournaient désormais Layr, disciple d'Osamodas et Neykah, panda adepte de bière fraîche, bras droits de la première puis Elioida, disciple d'Eniripsa maître dans l'art de la modification magique. Tous, à tour de rôle, disparurent avant que la scène ne s'évanouisse et que le décor revienne aux ténèbres ambiantes de la chambre de l'âme.

On entendit Wahn étouffer un léger rire alors que l'améthyste ne broncha nullement, narguant les deux protecteurs de son silence et sa brillance. Ces aventuriers que la Brume avait révélé faisaient partie des figures importantes de ce que l'on nommait le « Clan Ehl », une communauté du monde des Douze dont Wahn occupait le poste de bras droit à ce moment.


« Pourquoi cette expression narquoise ? Questionna Makalia.
- Il n'est guère question de mépris dans mon attitude, rétorqua l'ancêtre. Je reconnais les compagnons qui ont parcouru un grand chemin à mes côtés, je reconnais la guilde dont je porte les couleurs en ce jour, je reconnais les espoirs de chacun de ceux qui se sont ralliés sous notre drapeau. Néanmoins, ma tâche se trouve désormais ailleurs. »

Wahn se tut un instant, trahissant un léger sourire de nostalgie.

« J'estime mon devoir dans leurs rangs accompli, continua-t-il alors. J'ai su maintenir cette assemblée, usant de toutes mes forces malgré les récents évènements. Et je m'aperçois aujourd'hui que ma place est ailleurs, mes ambitions supérieures.
- La soif de pouvoir vous envahirait-elle, fier Enutrof ? Demanda Silento, le disciple de Xelor
- Non, rétorqua Wahn. Simplement l'envie de lever le voile sur toute une communauté, sur toute une façon de vivre. Un rêve à réaliser, un destin à rencontrer.
- Mais vous avez échoué une fois avec ce clan désormais à l'agonie »

Le vieil homme fronça les sourcils et la sphère d'améthyste trembla légèrement avant de s'apaiser. L'échec... Rien que ce terme faisait pousser des boutons aux retraités, atteint dans sa fierté. Pourtant, il savait avoir fait son possible, et son for intérieur lui indiquait une nouvelle voie à suivre sur laquelle l'échec n'existerait pas.

« Ma détermination ne vous suffit-elle pas ?
- Les hommes les plus mal intentionnés s'avèrent toujours déterminés, répondit Makalia. Notre communauté a pu en faire l'amère expérience lorsque le traître Debrad découvrit les pouvoirs de la Brume. »

Silento hochait la tête de droite à gauche, soupirant, incapable de croire que l'homme en face de lui se trouvait être l'héritier du Royaume, le seul capable de ressusciter leur légendaire Assemblée. L'expression de sa collègue ne rassurait guère plus le disciple d'Enutrof, pas plus que le silence pesant qui envahissait la salle à cet instant. Wahn ne savait quelle attitude adopter, hésitant entre rompre ce silence et paraître arrogant aux yeux des protecteurs ou au contraire se défiler et remettre ainsi en cause toute la détermination qui l'animait.

« Vous avez raison, reprit-il finalement. »

Les deux disciples de la Brume se regardèrent sans comprendre. D'une simple phrase, Wahn avait réussi à inverser les rôles et se sentait momentanément plus à l'aise face aux regards interrogateurs de ses hôtes.

« Vous avez raison, j'ai échoué.
- Est-ce la marque d'un abandon ? S'inquiéta la vieille femme.
- J'ai échoué, reprit Wahn sans tenir compte de la question de Makalia. J'ai échoué dans ma vie d'homme aventurier en quête de trésor, j'ai échoué dans ma vie de guerrier pourfendeur de créatures et terreurs des continents, et j'ai aussi échoué dans ma vie de bras droit, accompagnant le blason que je défendais dans sa propre tombe. Mais dans toutes ces vies aussi distinctes soient-elles, j'ai su m'investir dans la tâche que je m'étais confiée jusqu'au dernier souffle, au dernier espoir. Aussi sages soient-ils, pas même les protecteurs de ce temple ne sont en droit d'en douter. »

Makalia ferma les yeux et baissa la tête, souhaitant dissimuler le léger sourire se dessinant sur son visage. Son acolyte, lui, ne masqua guère sa satisfaction, applaudissant le discours du prétendu héritier avant d'ajouter

« Pour la première fois depuis le début de notre entretien, seigneur Wahn, je tend à penser que vous pourriez représenter et défendre le Royaume de la Brume »
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Wahn
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MessageSujet: Re: Par delà les montagnes   Mer 6 Juin 2012 - 19:58

PAGE 32 : SECRET DE FAMILLE

Fier de l'effet provoqué par sa dernière intervention, Wahn semblait prêt à affronter n'importe quel élément de son passé. Il ne broncha guère lorsque les protecteurs lui montrèrent les enfants bworks s'amusant à se lancer un livre appartenant au jeune Wahn, le faisant courir d'un bout à l'autre du campement. Pas un soupçon de haine au moment où la Brume révéla l'accueil froid et méprisant de la population amaknéene découvrant cet évadé du camp bwork, les vêtements en lambeaux, déchirés par une bataille dont on ignorait l'origine.


« Le fragment de passé suivant n'est pas des moindres, affirma Makalia. Mais je doute qu'il ne suscite la moindre émotion négative au vu de vos récentes performances. »

Une nouvelle fois, l'environnement hostile et sombre de la chambre des âmes s'évanouit, et le petit comité fut transporté dans une simple chaumière du Royaume de la Brume à l'intérieur de laquelle, assise sur un lit vétuste, une jeune femme allaitait son petit. Semblant nerveuse, elle ne cessait d'observer à tour de rôle la porte et la fenêtre de sa mansarde, tandis que le petit se mettait à brailler lorsque le sein de sa mère s'éloignait trop de sa bouche.

« Ne t'en fais pas mon petit, je te protègerai, lui soufflait-elle. S'il avait connaissance de ton existence, il me punirait sans doute... Je te protègerai, je réussirai là où j'ai échoué avec ton frère... Puis tu règneras et apporteras la paix au Royaume. »

La porte s'ouvrit à la volée pour se refermer aussi vite derrière un homme que Wahn reconnut aussitôt. Lokri VII, le même qui avait conduit Wahn jusqu'au Monarque puis au temple de la Brume, observait la jeune femme avec tendresse et admiration.

« Pourquoi tant de crainte, Felenaï ? »

La Felenaï que montrait ce passage ne ressemblait en rien à la jeune femme ravissante présente dans les autres fragments du passé. Si on lui accordait quelques airs de ressemblance, ses traits creusés et sa mine renfrognée la rendaient méconnaissable au premier abord. Et ce fut à ces mots que la sphère d'améthyste trembla une première fois pour se taire aussitôt, tel le battement d'un coeur.

« Et s'il me l'enlevait ? S'inquiéta la femme.
- Il est son héritier, il ne ferait telle erreur. »

Une nouvelle fois, la sphère se mut mais resta légèrement branlante sur son socle. Wahn, certes choqué par l'existence de ce demi-frère n'éprouvait pourtant pas la moindre colère envers sa mère. Les va-et-vient de la sphère lui restaient incompréhensibles alors que la scène se poursuivait.

« Je n'ai jamais pu revoir mon Wahn.
- Lui n'est pas le fils d'un fou furieux. Il est le fruit de notre amour et de nos sentiments, Lokri VIII, le prochain guide du Royaume de la Brume. Ce n'est pas le fils de Debrad »

La sphère explosa alors, blessant les trois protagonistes autour de la table ainsi qu'une immense douleur au coeur de Wahn. Plaquant sa main contre sa poitrine, le souffle du vieil homme se coupa net et il commença à suffoquer.

« Vous avez échoué, se lamenta Silento. »

Mais le retraité ne put entendre ces mots, trop pris par la douleur qui lui serrait la poitrine et lui engourdissait désormais les membres, faisant même naître une puissante migraine chez Wahn.

« Inutile de vous tordre ainsi, dit Makalia, vous ne changerez pas notre jugement. Je dois m'avouer déçue de votre attitude seigneur Wahn.
- C'est... »

Wahn ne réussit pas à finir sa phrase, coupé dans son élan par un mal lancinant dans le bas de son ventre.

« C'est... lui... »

Les deux membres du Temple échangèrent des regards d'incompréhension face aux paroles à peine audibles du vieillard recroquevillé sur lui-même. Celui-ci rampa jusqu'à la table pour se redresser, et s'avachir sur le siège qu'il occupait auparavant.

« Il... est furieux... souffla Wahn, reprenant peu à peu le contrôle de son corps.
- Inutile de vous mener en bateau, seigneur Wahn, répondit Makalia. Nous avons vu la sphère éclater lors de cette épreuve. Votre esprit ne semble pas digne de...
- Et les esprits de ce Temple sont des plus bornés qu'il m'ait été donné de rencontrer ! S'mporta le vieil homme. Supposés les plus sages de ce Conseil, vous n'avez donc rien ressenti ? Vous n'avez pas senti sa présence au long de ses épreuves ? Vous n'avez pas vu son courroux s'abattre sur cet améthyste comme un avertissement sans frais ? Comme le signe de la vengeance d'un homme meurtri par une trahison dont il n'avait nulle conscience ? »

La Brume envahit alors la pièce, laissant la silhouette du Monarque en personne se dessiner autour de la table de la chambre de l'âme. Le souverain leva alors le bras et pointa du doigt le mur de pierre de la salle sur lequel se dessina une nouvelle scène. Tous purent alors voir au beau milieu de la longue allée menant au trône, allongé sur le dos et trempant dans une mare de sang, le corps décapité de Lokri VII.

« Il a pu s'introduire parmi nous, soupira le Monarque... Il a pu déjouer la Brume que je contrôle si aisément, sans que personne ne s'en rende compte. »

La scène dévoila alors un disciple de Xelor aux bandelettes rougies par le sang de sa dernière victime. Le rire de l'assassin ne cessait de résonner dans la chambre de l'âme alors que celui-ci semblait prendre un plaisir sadique à jongler avec la tête du Pandawa gisant au sol. Alors que la scène s'évanouissait, le Monarque se lamenta.

« Debrad serait-il plus puissant que je ne le suis ? »
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Wahn
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MessageSujet: Re: Par delà les montagnes   Jeu 1 Aoû 2013 - 10:43

PAGE 33 : L'ASSASSIN

Sans la moindre pitié, Debrad, l'exilé du Royaume, venait de prendre la tête du septième descendant de la dynastie des Lokri, et le rictus se dessinant sur son visage témoignait de la folie malsaine dont était emprunt le disciple de Xelor. Assister à cette révélation, cette trahison de la part de celle qu'il avait tant aimé avait anéanti le peu d'humanité restant en lui, le poussant à cet acte de vengeance, le début d'une noire série que son fourbe esprit se repassait sans cesse depuis son départ forcé.

Dans la chambre de l'âme, tous les regards se tournaient vers le Monarque, silencieux, honteux de voir ainsi l'élève surpasser le Maître et tromper la Brume comme on berne un enfant en bas âge. Dès lors, une course contre le temps s'engageait dans l'espoir d'arrêter l'élan destructeur de Debrad.


« Trouvez Felenaï et Lokri VIII, ordonna le Monarque. Gardez-les à l'abri et que tous les membres du temple se préparent à l'inévitable affrontement. Il arrive... »

Emporté par Silento et Makalia, Wahn se dirigeait vers l'entrée du temple, laissant le Monarque, songeur au milieu de la chambre de l'âme. Empruntant le même mécanisme qu'à l'aller, le vieil homme se retrouva vite au pied de l'immense tour blanche et s'empressa d'en franchir les portes pour découvrir un paysage de ruine et de désolation...

« Debrad aurait entièrement détruit le Royaume ? S'enquit Wahn, inquiet.
- Ne vous laissez guère méprendre, héritier. Il ne s'agit encore que d'illusion de la Brume qui se déchire d'elle-même, obéissant à deux maîtres que tout oppose. Vous ne voyez que le souvenir du Royaume perdu. »

Wahn ignorait combien de temps il était resté enfermé dans le temple, parti en quête de la confiance de ses protecteurs. Lorsqu'il levait les yeux au ciel, il apercevait la nuit noire zebrée par les bandes bleues d'un jour perçant, un ciel lui-même indécis dans la bataille que se livraient les deux seigneurs de la Brume.

« Les esprits de la Brume au service de Debrad et de Lokri Ier sont à l'origine de ces deux scènes entremêlées, commenta Makalia, bien que Wahn semblait conscient de ce phénomène. »

A droite, l'illusion d'un mur s'écroulant et soulevant la poussière, mais au-dessus de lui, la réalité d'un toit intact, fièrement debout, comme défiant à lui seul le champ de bataille. En un instant, la chimère s'évanouit, et le mur réel reprit sa place au milieu de la ville. Le vertige gagna le vétéran face à deux versions du Royaume s'opposant de cette façon, dans une valse infinie.

« Attention ! »

Makalia poussa Wahn sur le sol alors que la tour du temple se fissura et se brisa, tombant en direction de nos protagonistes. Mais avant même qu'elle ne heurte le sol, elle s'évanouit en un nuage de Brume et reprit sa place en haut du lieu de culte, dominant la cité de Brume, traversant ce ciel étrange de jour et de nuit.

Et dans ce spectacle mystique, au milieu des protecteurs faisant irruption depuis le temple, il arriva.
Portant encore le sang de sa dernière victime sur les bandes de ses bras, Debrad se téléporta au devant de la troupe, la fixant de ses yeux gorgés de sang. Le dément homme -à supposer que telle créature portait encore en lui la moindre trace d'humanité- tenait dans sa main gauche la tête de Lokri VII, un visage dont on devinait la souffrance précédant la délivrance.

Un incessant gloussement s'échappait de cette silhouette recroquevillée, un rire animal, le prédateur tenant sa proie entre ses griffes. La robe noire déchirée en plusieurs endroits ne faisait qu'augmenter le dégoût dégagé par l'abomination que Debrad était devenu au fil des ans. Rien à voir avec l'homme fort et loyal qu'il fut avant la création du Royaume. Rien de comparable à l'éminent Protecteur de la chambre de l'âme au côté de Makalia, imposant le respect d'un simple geste de la main à tout un peuple admiratif.

Non... Il ne restait qu'un monstre... Une bête... Une vermine comme tant d'autres dans l'immense Monde des Douze.
Sauf que cette vermine, on la craignait...


« Pardonnez l'attente que je vous ai imposé, puissants et dévoués gardiens du Temple. Toi aussi, mon fils. »

Sa voix semblait plus froide que le vent glacial des champs Frigostiens. Chaque mot prononcé s'accompagnait d'un malaise profond pour ceux qui l'écoutaient, d'une grimace de mal-être, un geste de nausée. Ses paroles résonnaient dans l'esprit de ses auditeurs dans un sifflement fort déplaisant, marquant à chaque fois l'inhospitalité de ce sombre personnage.


« J'attendais un accueil plus chaleureux de votre part, annonça-t-il de son habituel ton sarcastique. Je me suis permis de m'occuper de la décoration, j'ose espérer que nul ne m'en tiendra rigueur. »

Impassibles, les membres du temple observaient Debrad, attendant le moindre geste de sa part pour partir à son attaque. Silento dut d'ailleurs déployer tous ses efforts pour empêcher Wahn de se lancer dans un assaut vain au bout duquel la mort l'attendait inexorablement.

« Regarde-toi, Wahn... Tu n'es qu'un vieillard tenant à peine sur les deux membres te servant de jambes. Te voir en vie tient encore du miracle, et encore, en vie, me voilà bien clément... »

Clément... Dans la bouche de Debrad, ce terme tenait tout bonnement de la provocation.

« Mais tu n'auras pas eu une vie facile, mon cher enfant. Peut-être est-ce un peu de ma faute après tout, dois-tu me blâmer pour l'état de presque décomposition dans lequel tu te trouves... Mais après tout, tu me dois la vie, et tu me dois ta présence au milieu de ces bouseux de la pire espèce. Si seulement tu avais continué en si bon chemin. »

Un regard d'incompréhension se dessina sur le visage de Wahn

« Oh, bien sûr, que Xelor me pardonne, tu n'es pas encore au courant... Laisse-moi donc te montrer qui causa la perte du Royaume de la Brume. »

La scène fut brève. Dans une nouvelle illusion de la Brume, un souvenir matérialisé par les pouvoirs immenses de Debrad, Wahn eut toutefois le temps de comprendre les paroles de son père.

Il se vit au milieu d'un champ de ruines...
Il se vit au centre du Royaume de la Brume dévasté par l'attaque de Debrad...
Il se vit le regard empli de haine et de colère...

Mais surtout, il se vit l'arme à la main, transpercer le coeur du Monarque de la Brume
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Wahn
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MessageSujet: Re: Par delà les montagnes   Mer 2 Oct 2013 - 17:31

PAGE 34 : Le dénouement

La scène jeta un froid dans toute l'assemblée de protecteurs du Temple, provoquant des balbutiements de stupeur et des doutes quant à la réelle personnalité de Wahn. Le vieil homme, lui, ne cessait de revoir la scène et s'imaginait épée à la main, brandissant son arme en direction du souverain avant de scelle son destin d'un fatal coup d'estoc.

« Mensonge, tu essayes de nous manipuler... »

Les mots de Makalia ressemblaient plus à un souhait qu'une affirmation, tant le ton de sa voix manquait de force et de conviction. Mais nul d'entre eux n'était présent lors du moment fatidique, les derniers instants d'Irkol Serpastion avant de rejoindre l'éternelle Brume... Aucun, hormis Debrad et Wahn... Et les événements reprenaient forme dans l'esprit de ce dernier.

« Il dit... la vérité... »

Les souvenirs de Wahn revenaient en cascade, du premier de ses jours au dernier de ceux du Monarque. Il pouvait presque sentir sa main crispée sur la garde de son arme et apercevoir le sourire de soulagement se dessiner sur les lèvres de l'homme qu'il venait d'éliminer sans la moindre forme de résistance.

« Mais je l'ai fait... pour lui...
- Vois-tu mon fils, commença Debrad, ce monde n'est ni noir ni blanc. Malgré des actes qui te vaudraient un exil aussi long et terrible que le mien, tu restes un serviteur de la Brume. Pourtant, la confiance que ces vauriens t'accordaient sans l'ombre d'un doute diminue comme peau de chagrin à mesure que l'Horloge tourne, et tu seras bientôt le traître, l'homme à abattre ! Regarde-moi Wahn ! Mon pouvoir est suffisant pour faire trembler Amakna et qu'elle tienne dans la paume de ma main et pourtant, jamais je n'ai entrepris d'envahir ces contrées ! Qui est le réel ennemi ? Dis-le moi ! »

D'un bond, Kloume s'était lancé à l'attaque de Debrad, mais le coup de pied qu'il lui destinait s'immobilisa en plein élan, avant que le gardien de la chambre du corps ne se retrouve transpercé d'aiguilles sur toute sa jambe droite et ne s'effondre de douleur sur les dalles grisâtres du Royaume.

« Où est-il, votre prétendu sauveur ? Continua le Xelor. Voyez comme il vous laisse à la merci de votre ennemi ! Il est seul... Seul et effrayé... »

De nouvelles aiguilles tombèrent du ciel comme la foudre des nuits orageuses et s'écrasèrent sur le disciple de Sacrieur déjà fortement amoché. Wahn parvint alors à se défaire de l'emprise de Silento et se saisit du sabre à lame rouge que Makalia portait dans son fourreau avant d'avancer d'un pas décidé vers son opposant. Il brandit l'arme au-dessus de sa tête, et alors qu'il s'apprêtait à frapper un Debrad immobile, ses muscles s'engourdirent et se crispèrent, empêchant le vieil homme d'achever son geste, tout comme Kloume fut incapable de porter le moindre coup au Xelor.

D'un instant à l'autre, Wahn s'attendait à voir défiler les aiguilles meurtrières qui lui transperceraient le corps face aux mines inexpressives des membres du temple. Après tout, ces prétendus hauts serviteurs de la Brume avaient à peine fait un geste de compassion envers l'un des leurs, que leur importait le sort d'un vieillard étranger à leur entourage ?

Les aiguilles apparurent dans le ciel tantôt clair, tantôt menaçant et fondirent en un instant en direction de Wahn. Celui-ci tentait de crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge nouée. Mais lorsque les traits de feu arrivèrent à son niveau, ils se contentèrent de ricocher sur sa peau et tomber à terre. Libéré de son emprise, il put alors remarquer que sa mère l'avait secouru à l'aide des nombreux sortilèges que les enseignements de Feca lui apportaient.

Quant aux autres membres du temple, l'assaut de Wahn semblait leur avoir donné l'énergie et le courage de partir à l'assaut. Mais seuls Makalia et Silento de la chambre des âmes tenaient encore debout face au redoutable Debrad Num, maître de la Brume.

Aux alentours dans ce paysage toujours aussi lunatique, il apercevait tour à tour les corps des membres qu'il avait affrontés, tantôt calcinés par les rayons obscurs, tantôt écrasés par le poids d'un énorme poing bandelé, tantôt affublés des mêmes aiguilles que le malheureux Kloume. Wahn ignorait qui de ces personnages avait déjà rejoint la Brume ou ne tarderait à le faire. Il avait désormais un unique objectif.

Silento s'essaya également aux rayons, mais la puissance des attaques du protecteur ne valait rien face aux capacités destructrices de Debrad, lequel parvenait à encaisser sans broncher les attaques.
A l'opposé de Silento, Makalia peinait à trouver un moment de répit face à la fureur de son adversaire, et guettait le moindre signe d'épuisement de la part de ce dernier.

Wahn se rendit vite compte que ses alliés ne tiendraient guère plus longtemps et se rua dans la mêlée, tentant de distraire Debrad. Malheureusement, les coups ne parvenaient pas à transpercer à infliger la moindre blessure à Debrad, bien à l'abri ainsi momifié. Pire, chaque nouvelle attaque semblait blesser le vieil homme qui posa bientôt un genou à terre.


« Tu me déçois, je pensais pouvoir tirer quelque chose de toi, grogna Debrad tout en faisant s'effondrer un mur sur Silento grâce à un nouveau rayon obscur. Tu défends aveuglément ce Royaume d'illusions.
- Je défends les valeurs qui m'importent, rétorqua Wahn. »

Le retraité usa alors d'un sortilège de Libération déstabilisant Debrad et le repoussant plus loin, avant que Makalia, vigilante aux moindres détails du combat, tenta de briser l'envoûtement protecteur. En vain, le malin xelor eut le temps de placer un cadran entre son opposante et lui et ainsi préserver son armure.

« Tout n'est qu'illusion, Wahn, reprit-il. Y compris les terres que tu foules ne sont que le souvenir d'un monde qui a autrefois existé. Tu te replies dans un monde que tu souhaiterais voir naître et ainsi te convaincs que tu as ta place ici-bas.
- Ne le laisse pas te manipuler ! »

Felenaï intervint dans le combat et fit apparaître un glyphe aux pieds de Debrad. Les flammes s'élevèrent dans les cieux mais la danse du brasier n'intimidait guère le proscrit. Il s'amusait même de voir sa femme subir les brûlures qu'elle tentait de lui infliger.

« Et maintenant, ton tour ! »

Wahn ne bougeait plus. Trop intimidé ou sans doute trop éprouvé par tant d'effort, il laissa son père appuyer la main sur son front et préparer son ultime sortilège. Et alors que le faisceau lumineux se dégageait de la paume droite de Debrad, la silhouette du vieil homme s'évanouit dans un nuage de fumée.

« De... La Brume... »

Dans sa folie, le Xelor n'avait pas remarqué le stratagème. Le Wahn qu'il venait d'abattre n'était en réalité qu'une forme matérialisée par a Brume qu'il pensait entièrement contrôler. La suite fut inévitable, et après que Makalia ait enfin réussi à briser la protection de Debrad, le vrai Wahn se lança, arme à la main et transperça le coeur de Debrad.

Un éclat de lumière jaillit alors du bout de la lame, aveuglant tous les protagonistes, et lorsque le vieil homme rouvrit les yeux, il se trouvait dans une verte plaine où il se trouvait en compagnie d'un jeune berger.


« Rebonjour Wahn. »

Wahn reconnut à ces mots et à ce visage Irkol, plus connu sous le nom de Lokri Ier, le Monarque de la Brume, ou du moins, avant que sa propre lame ne lui ôte la vie. Il ignorait comment il avait atterri ici, mais face à tous les mystères que soulevait la Brume, celui-ci semblait tellement plus agréable. Il ne cessait pourtant de se répéter les paroles de Debrad dans ses derniers instants.

« Illusion, n'est-ce pas ? Commença Irkol. Debrad n'a pas tout à fait tort.
Lorsque tu parleras du Royaume de la Brume au Monde, qui osera croire à une telle folie ? Combien seront ceux qui te prendront pour un fou de croire qu'un simple brouillard puisse contenir tant de pouvoir, alors que toi-même ne peut en exercer aucun ? Pourtant, tu es conscient de ce que tu viens de vivre... »

Wahn ne pouvait douter de la réalité des événements... Et pourtant, tout cela semblait si improbable, qu'il s'agisse des épreuves du temple ou de la bataille qu'il venait de livrer.

« Certains pensent qu'illusion et réalité sont incompatibles, pourtant nous ne cessons de nous réfugier dans l'illusion lorsque la réalité nous dérange. Il existe une mince frontière entre ces deux mondes, que vous devrez représenter. Cette frontière qui fait que l'idéal ne sera jamais la vérité, et que la vérité ne sera jamais l'idéal.

C'est ce que Debrad a oublié, obsédé qu'il était par ce pouvoir qu'il pensait maîtriser dans sa totalité. Aujourd'hui encore, son esprit est prisonnier de la Brume et ne peut s'échapper des limites du Royaume. Mais il viendra un jour où il brisera ses chaînes et mettra en péril tout un peuple... »

La plaine disparut alors, et Wahn se retrouvait au balcon du palais de la Brume, une couronne massive sur le crâne et une épée à la main droite. Il méditait les paroles du Monarque, sans cesser de se questionner sur ce qu'il vivait. Il entendit alors sa voix résonner dans son esprit.


« Le Royaume que vous dirigez est à la fois une réalité et une illusion. Il sera libre à chacun de suivre ses pas ou de l'ignorer sans pour autant avoir tort de son choix. »

Wahn leva fièrement son arme sous les acclamations de la foule. Il ne comprenait pas tout, et tout ne serait jamais compris. Pourtant, il a conscience que même dans les idées et les projets les plus absurdes et insensés, il existe cette frontière qu'aujourd'hui il souhaite représenter pour tout une communauté.

Cette frontière, c'est l'espoir.


FIN


[HRP]Voici donc comme se termine "Par-delà les montagnes". De nombreux mystères restent entiers, et certains seront élucidés dans Prélude ou durant les différentes animations du Royaume de la Brume.

Mais le Royaume est, comme le montre cette ultime page, un recoin de mystères et d'illusion. Qu'est-ce qui dans cette histoire a été fidèlement retracée par celui qui le raconte ? On raconte que les historiens font parfois plus l'Histoire qu'ils ne la relatent. Ainsi est le Royaume : il a l'histoire qu'on lui donne, et la Brume a ses pouvoirs et ses mystères, sans pour autant que le Monde des Douze en ait jamais été affecté.

Je remercie ceux qui m'auront soutenu durant l'écriture de cette histoire qui aura duré tout de même un bout de temps ![/HRP]
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